Lyrks
Lyrks
Lyrks
Cover Art

Naili : « Le rap doit être le reflet de ce que vivent les gens quotidiennement » Lyrics by Genius Algeria

Interviews with Algerian rappers / حوارات مع الرابرز الجزائريين

2011

Rencontre avec Naili, jeune rappeur qui nous parle de son mouvement musical dans les pays du Maghreb en ces temps de grogne populaire.
Janvier 2011. Le peuple tunisien est dans la rue, sa jeunesse en tête. La joie du départ forcé du président Ben Ali m’incite à appeler Naili. Entre Dunkerque, Gaza et les hauts plateaux algériеns, ce jeune rappеur de 35 ans dont 15 de chemin musical dans les baskets, partage avec nous ses réflexions sur le hip-hop arabe, ses difficultés et son importance en ces temps de mobilisations sociales en Afrique du Nord.
Y a-t-il un véritable mouvement hip-hop au Maghreb ?
Un mouvement hip-hop avec toutes ses disciplines - la musique (surtout le rap), le graffiti, la danse et le style vestimentaire -, non, mais il y a un mouvement rap. Aujourd’hui, le terme hip-hop est assez galvaudé.
Historiquement, il suit quelle mouvance ?
Plutôt à l’européenne, bassin méditerranéen oblige. Les jeunes du Maghreb ont plutôt découvert la musique au travers du rap français notamment. Ça reste donc un modèle. Par la suite, il s’est beaucoup plus diversifié avec l’arrivée des paraboles et des chaînes américaines.
Peut-on parler de plusieurs mouvements hip-hop ?
Pour ma part, je scinde le mouvement hip-hop en deux catégories. D’un côté, une majorité qui, malheureusement, est sous l’influence des gros médias occidentaux à travers un rap « bling-bling » ou un peu « caillera » (racaille) et, d’un autre, les vrais passionnés qui connaissent l’état d’esprit du hip-hop, avec une vraie vision artistique derrière.
Une majorité du hip hop est sous l’influence des médias occidentaux à travers un rap « bling-bling »
Le plus gros défaut du rap arabe, en général, est qu’il manque une organisation – pas de maison de disque, pas de management. Le Maroc tient toutefois une place à part. C’est le pays où le rap est à mon avis le plus développé, non seulement au sens artistique, mais aussi organisationnel. Même les grands médias de ce pays ont accepté l’idée que le rap fait partie du paysage culturel. Il y a parfois des groupes de rap invités dans une émission en prime-time sur la chaîne publique marocaine. Même en France, j’ai rarement vu des rappeurs à 20h30 sur TF1.
Comment exprime-t-on des revendications dans des pays où la liberté d’expression est limitée ?
C’est simple. Pour reprendre l’exemple marocain, il reste des sujets tabous. Un groupe qui passera en prime-time ne présentera jamais un morceau qui va critiquer ouvertement le Roi. Tant que tu abordes des sujets légers, ça passe. Parfois, on diffuse des titres avec une petite critique sociale, du genre « la vie, c’est pas cool », mais ça n’ira pas plus loin. A côté de cela, au Maroc et en Algérie, il y a des cassettes et des CD qui tournent...
... Pour former une culture underground ?
Oui, surtout avec l’arrivée d’internet. Contrairement à la Tunisie d’il y a peu, en Algérie, on ne connaît pas trop de contrôle du Web. Le rap commence à être diffusé. Ça reste très fragile parce que le rap n’intéresse pas l’industrie musicale algérienne.
Ce manque d’intérêt est purement artistique, politique ou les deux ?
Je ne pense pas qu’il y ait un fond politique. Par comparaison, les boîtes de production occidentales ont toutes un directeur artistique, quelqu’un qui a un minimum de connaissances de la musique. En Algérie, ça n’existe pas ! Je pense qu’en Tunisie et au Maroc, c’est la même chose. Pour la plupart des personnes qui travaillent dans ce milieu-là, c’est limite si la veille, ils ne vendaient pas des bagnoles. Ce qui les intéresse, c’est faire de la thune.
On a beaucoup parlé de la jeunesse, dans les récents mouvements sociaux. Les revendications de la rue sont-elles aussi chantées par le mouvement rap ?
Oui, on a pu le voir même en Tunisie. Lors des premiers jours d’émeutes, un rappeur a été arrêté à Sfakes. Je pense qu’il ne l’a pas été parce qu’il chantait « Au clair de la lune ». Pour moi, le rap est et doit être le reflet d’une société, de ce que vivent les gens quotidiennement.
En Belgique, en France, il y a des communautés maghrébines importantes, on entend pourtant peu de rap en langue arabe. C’est si difficile comme langue ?
Non, je pense que c’est lié au processus d’écriture. On a tendance à écrire ses textes dans sa langue maternelle. Pour des jeunes issus des diasporas, l’arabe n’est pas leur langue maternelle. C’est le français. L’arabe est utilisé à la maison avec les parents. Le résultat est qu’on ne maîtrise jamais totalement la langue.
Ce n’est pas la preuve que « l’intégration » fonctionne ?
Oui, d’un certain point de vue. Mais je n’aime pas le terme « intégration ». C’est aussi une autre réalité. Celle d’une certaine schizophrénie identitaire. Ces jeunes sont nés en France et en Belgique. La société leur fait comprendre, à travers les opportunités sociales et économiques notamment, qu’ils ne sont pas français ou belges, ils se réfugient alors derrière l’autre identité. Le problème est que quand ils retournent en Algérie, ils restent aussi des immigrés. En France, ces jeunes-là sont les enfants de Marianne, sauf qu’on a l’impression qu’ils sont ses gosses illégitimes, non reconnus.
Tu travailles actuellement avec Gaza Team, un groupe de rap palestinien. Quelle est l’importance du mouvement hip-hop là-bas ?
Il est immense. Ce qui m’a le plus frappé quand j’ai fait des ateliers à Gaza, c’est le contenu. J’ai été impressionné par la plume. Par exemple, Nour, l’un des futurs membres de Gaza Team, était venu avec un texte où il comparait sa vie à l’itinéraire du Christ. J’ai trouvé ça incroyable. Un mec qui est né à Gaza, arabe et musulman, et qui s’approprie son héritage culturel et spirituel - une grande partie de la communauté palestinienne est chrétienne -, c’est extraordinaire ! En Palestine, beaucoup de jeunes écoutent du rap. Rien qu’à Gaza, il y a une dizaine de groupes.
Tu n’es pas fatigué parfois par tous ces remparts culturels, économiques et politiques qu’on vient d’évoquer ?
Frustré plus que fatigué. Beaucoup de personnes font du rap parce que c’est à la mode. Beaucoup se donnent une deadline en se disant : « À 25 ans, j’arrête les conneries et je rentre dans le rang ». Aujourd’hui, j’en ai 35 et je continue !
C’est beaucoup de frustration et de vexation. C’est la passion qui me fait tenir. Je n’écoute pas que ça mais il y aura toujours du rap dans mon baladeur ! Quand j’entends des artistes de qualité qui ne sont pas diffusés, ça m’énerve. Comme dirait l’autre, on se lève avec la niaque et on se couche avec du dépit. Mais je suis un éternel rêveur et j’y crois encore.

About “Naili : « Le rap doit être le reflet de ce que vivent les gens quotidiennement »” by Genius Algeria

Read the complete lyrics to "Naili : « Le rap doit être le reflet de ce que vivent les gens quotidiennement »" by Genius Algeria from the album "Interviews with Algerian rappers / حوارات مع الرابرز الجزائريين" in 2011. On Lyrks you can follow along with the full text, explore the artist's discography, and discover related songs. The track is often categorized under Algerian - جزائري‎, Non-Music, Interview.

"Naili : « Le rap doit être le reflet de ce que vivent les gens quotidiennement »" is performed by Genius Algeria. from the album "Interviews with Algerian rappers / حوارات مع الرابرز الجزائريين" in 2011 This page provides the full lyric text for fans who want to sing along, study the songwriting, or compare versions across releases. Lyrks organizes lyrics by artist and song slug so you can bookmark and share a stable URL. Music lyrics help listeners connect with emotion, narrative, and rhythm in a track. Whether you are learning English, researching a favorite chorus, or preparing for karaoke, having accurate line breaks and section labels (verse, chorus, bridge) makes the experience easier. We link to the official artist profile on Lyrks where available, including biography snippets, top songs, and chart placements when we have that data. If you enjoy "Naili : « Le rap doit être le reflet de ce que vivent les gens quotidiennement »", explore more songs by Genius Algeria using the links below. Chart and trending pages on Lyrks highlight what listeners are searching for this week. For copyright or correction requests, see our DMCA and contact pages.

View all songs and biography for Genius Algeria · Trending lyrics · Billboard Hot 100

Frequently asked questions

"Naili : « Le rap doit être le reflet de ce que vivent les gens quotidiennement »" is credited to Genius Algeria. Songwriting credits may include additional writers listed on the release; check the credits section on this page for linked collaborators.

"Naili : « Le rap doit être le reflet de ce que vivent les gens quotidiennement »" appears on "Interviews with Algerian rappers / حوارات مع الرابرز الجزائريين" in 2011.

Visit the Genius Algeria artist page at /artist/genius-algeria for biography, popular tracks, and links to more lyric pages.